Puis-je gravir le Toubkal en hiver ?

Oui, avec un guide agréé — il est obligatoire, pas conseillé. Crampons, piolet, passeport, 2 à 3 jours, 500 à 1 000 dhs le guide. Vérifié en août 2026.

7 min de lectureMis à jour le 15 août 2026

Je n’ai pas beaucoup d’expérience en randonnée hivernale — puis-je gravir le Toubkal ?

Oui, à trois conditions : un guide agréé, trois jours plutôt que deux, et l’acceptation que ce ne sera pas une randonnée mais une course de montagne. Le reste de cette page dit pourquoi, et ce que l’hiver coûte vraiment.

Le guide n’est pas conseillé, il est obligatoire

C’est le point sur lequel cette page se trompait depuis 2021, et il vaut mieux le lire avant de réserver.

Un guide agréé est obligatoire, et la règle ne dépend ni de votre niveau, ni de la saison. Elle vaut :

  • dès Sidi Chamharouch, donc dès la première journée de marche ;
  • pour monter au refuge, même sans viser le sommet ;
  • sans aucune exception pour les visiteurs étrangers, expérimentés ou non.

Un poste de gendarmerie contrôle le sentier 10 à 15 minutes de marche après Aremd. Il relève votre passeport et les coordonnées de votre guide — ayez ce passeport sur vous, pas resté à l’hébergement. Sans guide, c’est demi-tour : pas d’amende, mais une heure et demie de marche pour rien et la journée perdue.

Il n’existe aucun texte réglementaire à citer. C’est une pratique administrative, et elle est appliquée tous les jours. Ce que cela change pour qui espérait partir sans guide est traité à part.

Même avec un guide, la montagne peut fermer

Les gendarmes peuvent interdire la montée même à une cordée accompagnée, selon les conditions du moment. Et l’hiver est la saison où ils ferment le plus souvent.

Prévoyez une journée de battement dans votre programme. C’est la seule parade.

La saison, et la ligne de neige

La neige arrive la plupart des années dès octobre ou novembre, et l’hiver d’alpinisme court généralement de fin novembre à avril. Ces bornes sont une tendance, pas un calendrier : l’enneigement varie énormément d’une année sur l’autre — l’hiver 2023-2024 n’a presque pas reçu de neige, celui de 2025-2026 a été le mieux enneigé depuis vingt à trente ans.

La ligne de neige se déplace avec la saison et l’enneigement : elle peut descendre jusqu’à Sidi Chamharouch comme se tenir tout près du refuge. C’est elle qui commande la logistique, et le budget — voir plus bas.

Ce qu’il faut savoir faire, et ce qu’il faut être

Bonne nouvelle : l’ascension n’est pas technique. Vous n’avez pas besoin d’expérience préalable du piolet ou des crampons.

Ce qu’il faut à la place :

  • Être en bonne condition physique. Si vous n’êtes pas habitué à marcher 6 à 7 heures par jour en montagne et que vous tentez le Toubkal en deux jours, vous allez souffrir. Soyez indulgent envers vous-même : faites un peu de randonnée avant de vous lancer dans cette aventure.
  • Un guide expérimenté qui montre les techniques. La plupart des guides font une courte session d’initiation au piolet et aux crampons, au refuge, le premier jour, en préparation du sommet. C’est là qu’on apprend — pas avant, et pas tout seul.

Comptez 500 à 1 000 dhs par jour pour le guide. Le barème est le même qu’en été ; l’hiver se situe simplement dans le haut de la fourchette.

L’altitude, et les durées

Pour énoncer l’évidence : il s’agit d’un sommet de 4 167 m, donc vous ressentirez l’altitude si vous montez trop vite. La seule garantie, si on peut l’appeler ainsi, est que les deux refuges du Toubkal se situent à environ 3 200 m, donc vous pouvez y dormir sans ressentir les effets majeurs du MAM (mal aigu des montagnes).

Les temps de montée absolus minimum sont de 2 jours aller-retour depuis Imlil — 3 jours sont préférables. Le jour supplémentaire ne sert pas à grimper un second sommet : il se passe dans la vallée, une nuit à Imlil et une randonnée d’introduction avant de monter au refuge. C’est ce que prévoient les itinéraires hivernaux qui ménagent une acclimatation.

Un individu en bonne forme physique, mais sans expérience en montagne, mettra environ 6 heures pour marcher d’Imlil (1 740 m) aux refuges. La descente du retour prendra environ 4 heures. Ces temps dépendent de l’enneigement et de la profondeur de la neige non damée.

Je me souviens du début de janvier 2008, lorsque descendre était une véritable épopée en raison d’une énorme quantité de neige fraîche — jusqu’à Imlil en réalité. De plus, s’il y a de la glace sur le chemin, cela peut rendre certains placements de pieds délicats.

Les mules s’arrêtent, les porteurs prennent le relais

C’est le poste de dépense que personne n’annonce, et c’est lui qui rend l’hiver cher.

Les mules ne vont pas sur la neige. Elles montent jusqu’à la ligne de neige, et au-delà, des porteurs prennent le relais. Ce n’est pas un choix entre deux prestations : c’est une succession sur le même trajet.

  • 400 à 600 dhs par porteur et par jour, en hiver.
  • Il faut jusqu’à trois porteurs pour transporter la charge d’une seule mule.

Les agences organisent l’ensemble : mule, hébergement, guide et porteurs. Certains clients conviennent de porter eux-mêmes depuis la ligne de neige pour faire baisser la note — ce n’est pas un standard, c’est un arrangement : posez la question à la réservation plutôt que de le découvrir sur place.

Le rôle des mules dans la vallée, leur prix et les usages qui vont avec sont détaillés dans mules et muletiers du Haut Atlas.

Les refuges en hiver

Les deux refuges du Toubkal, côte à côte à 3 207 m, sont ouverts toute l’année.

Au Refuge du Toubkal (Neltner), la nuitée du 1ᵉʳ novembre au 30 avril coûte 25 € pour les membres du Club Alpin Français et 30 € pour les autres. Deux adresses de réservation existent, et elles ne diffèrent que par un préfixe — à recopier exactement :

  • Refuge du Toubkal (Neltner) : refugetoubkal@gmail.com
  • Refuge les Mouflons : resa.refugetoubkal@gmail.com

Le troisième refuge, Lépinay (Tazaghart), est dans une autre vallée et ferme quand la neige est abondante : le col d’accès se bloque. Avant de monter, appelez Lhousain, +212 671 138 307 — il donne l’état d’ouverture autant que la réservation.

Les refuges ne sont pas chauffés en permanence, et le départ pour le sommet se fait avant le lever du jour, au moment le plus froid de la journée. Les couvertures sont fournies ; apportez quand même un sac de couchage quatre saisons.

L’équipement

Comme pour toutes les randonnées en conditions hivernales, il vous faut :

  • un piolet et des crampons — et savoir les utiliser, voir plus haut ;
  • des chaussures de montagne suffisamment rigides pour recevoir des crampons : des chaussures de randonnée souples ne tiendront pas ;
  • des guêtres, pour éviter que la neige n’entre par le haut ;
  • des lunettes de soleil de bonne qualité : la réverbération sur la neige est brutale à 4 000 m ;
  • des gants imperméables et isolants, un bonnet et une couche isolante supplémentaire — en janvier, ce n’est pas du luxe ;
  • une bouteille isotherme, parce qu’une gourde classique gèle. Glissez-la dans le sac plutôt que dans une poche extérieure ;
  • votre passeport, sur vous.

Vous n’êtes pas obligé de tout emporter de chez vous : le matériel se loue à Imlil.

Les gendarmes ne contrôlent pas l’équipement — ils relèvent le passeport et les coordonnées du guide, rien d’autre. C’est votre guide qui vérifie que ses clients sont correctement équipés, et c’est avec lui qu’il faut passer cette liste avant le départ.

Pour le reste — sac à dos, couches, trousse de secours, alimentation — notre liste d’équipement complète pour le trek dans l’Atlas couvre tout ce dont vous aurez besoin, hiver comme été.

Combien de neige, et quand

Cette page ne donne pas de chiffres d’enneigement, et c’est volontaire : ils sont tous sur la météo au Toubkal mois par mois — jours de chute de neige, cumuls moyens, et l’écart d’une année sur l’autre. Une moyenne classe les mois entre eux, elle ne prédit pas votre semaine.

Après le séisme de septembre 2023

Le sentier d’Imlil au sommet et le dispositif de contrôle sont inchangés. Les trois refuges sont debout et en activité.

Alors, peut-on gravir le Toubkal en hiver sans expérience ?

Oui — à condition d’être accompagné d’un guide de montagne qualifié, de prendre trois jours plutôt que deux, et d’accepter que ce ne sera pas une randonnée mais une course de montagne. Ceux qui redescendent déçus sont presque toujours ceux qui avaient sous-estimé le froid, l’altitude, ou les deux.

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